Robots humanoïdes en Chine : dans les coulisses d’une révolution industrielle à marche forcée
Un bras robotisé qui soude en continu, un bipède qui change seul sa batterie, un vendeur de brochettes grillées dans une épicerie de Pékin : bienvenue dans la Chine de 2026. Les robots humanoïdes en Chine ne sont plus une curiosité de salon technologique. Ils sont devenus un axe stratégique national, porté par l’État, des dizaines de start-up et une ambition assumée de dominer ce marché naissant. Mais derrière les chorégraphies virales, la réalité industrielle est plus contrastée qu’il n’y paraît.
Pourquoi Pékin mise-t-il autant sur ces machines à visage humain ? Le pari est-il rentable, ou s’agit-il d’abord d’un coup de communication géopolitique ? C’est ce que cet article sur les robots humanoïdes en Chine se propose d’éclaircir, en croisant chiffres récents, témoignages d’experts et exemples concrets.
Robots humanoïdes en Chine : contexte et état des lieux
Il y a deux ans encore, les robots humanoïdes en Chine relevaient presque exclusivement du prototype de laboratoire. Ce temps est révolu. Le ministère chinois de l’industrie recensait déjà plus de 140 fabricants produisant environ 330 modèles différents en 2025. Un an plus tard, la production a explosé : plusieurs cabinets évoquent un volume dépassant 100 000 unités fabriquées sur l’année 2026, contre environ 20 000 en 2025.
Les livraisons confirment cette accélération. Au premier semestre 2026, la Chine a concentré plus de 97 % des expéditions mondiales, avec environ 19 000 unités livrées contre 5 100 un an plus tôt – soit une hausse de plus de 270 % en douze mois. Deux acteurs dominent ce marché des robots humanoïdes : Agibot, à Shanghai, et Unitree, à Hangzhou, qui représentent à eux seuls trois quarts des ventes mondiales.
Ce rythme que connaît la robotique humanoïde chinoise n’a rien d’un hasard. Dans son dernier plan quinquennal, Pékin a inscrit le secteur parmi les « percées technologiques majeures », au même rang que les semi-conducteurs. L’objectif est clair : faire de la Chine le premier producteur mondial d’ici 2030, avec au moins 500 000 unités produites chaque année.
Analyse approfondie : entre promesse technologique et doutes industriels
Comment fonctionnent les robots humanoïdes en Chine
Comprendre les robots humanoïdes en Chine suppose de revenir sur trois briques technologiques. D’abord une intelligence artificielle embarquée capable de percevoir et d’interpréter l’environnement. Ensuite une mécanique articulée qui imite la marche ou la préhension humaine. Enfin des capteurs qui ajustent les mouvements en temps réel – c’est cette fusion que les industriels appellent l’« IA incarnée ».
Le Walker S2 d’UBTech illustre bien cette intelligence artificielle embarquée en action. Ce bipède d’1,70 mètre, animé par une puce Nvidia non soumise aux restrictions américaines, repère seul une batterie déchargée, se déplace jusqu’à une station de recharge, s’y branche puis reprend son poste. Un contrat de 37 millions d’euros a même été signé avec les douanes chinoises pour déployer ce modèle à un poste-frontière avec le Vietnam.
Un modèle économique encore fragile
La pertinence industrielle de ces machines est pourtant loin de faire consensus. Pour Raja Chatila, professeur émérite d’intelligence artificielle et d’éthique des technologies à Sorbonne Université, une bonne partie des usages actuels relève davantage de la démonstration que de la nécessité. Un bras articulé sur un support à roulettes suffit, selon lui, pour la plupart des tâches d’usine, sans le besoin d’un corps humanoïde plus fragile et plus coûteux.
Ce scepticisme trouve un écho dans les chiffres : une large majorité des robots vendus par Unitree finissent entre les mains d’universités ou de développeurs individuels, non dans des lignes de production. L’industrie du marché des robots humanoïdes vend donc surtout, aujourd’hui, à ceux qui travaillent à construire de meilleurs robots — un cercle encore expérimental plutôt qu’un marché de masse mature.
Le domicile, terrain de légitimité
À l’inverse, c’est dans l’assistance à domicile que les robots humanoïdes domestiques retrouvent toute leur pertinence. Conçue pour un environnement pensé par et pour l’humain, la machine bipède peut aider à la mobilité ou à la surveillance des personnes âgées. Le gouvernement y voit une réponse à la pénurie de personnel soignant, dans un pays confronté à un vieillissement démographique rapide.
Exemples concrets et angles originaux : ce que l’on ne dit pas toujours
Deux exemples illustrent la robotique humanoïde chinoise dans ses usages réels, loin des clips spectaculaires. Chez Renault, à Douai, un robot bipède transporte des pneus d’un poste à l’autre — une tâche qu’un simple chariot automatisé accomplirait tout aussi bien. Cela interroge sur la part de pur argument marketing derrière ce choix. Airbus, de son côté, expérimente depuis cet hiver le Walker S2 pour explorer, avec prudence, ses applications industrielles.
L’angle le moins commenté n’est pourtant pas l’humanoïde lui-même, mais ce qu’il entraîne dans son sillage. Jun Yan, ex-cadre dirigeant de DiDi et aujourd’hui analyste technologique, souligne que l’essor des robots humanoïdes en Chine attire des capitaux vers les moteurs, les capteurs et les systèmes de commande. Ces briques trouvent déjà des débouchés bien plus solides dans l’automatisation industrielle classique. Le bras robotisé en est la meilleure preuve : la Chine en a produit près de 773 000 en 2025, soit 28 % de plus qu’en 2024.
Autre exemple révélateur : dans certaines épiceries de Pékin, un robot travaille désormais aux côtés d’employés humains, chacun avec sa tâche assignée. Le sien : fabriquer et vendre des brochettes grillées, un geste de préhension fine qui a surpris plus d’un client. Ce type d’usage, plus modeste que les records battus lors du semi-marathon de Pékin en avril 2026, dit peut-être mieux ce que seront, demain, les robots humanoïdes domestiques et de service.
Perspectives et avenir : vers une consolidation inévitable
Comme cela s’est produit dans la voiture électrique, il ne devrait rester dans dix ans qu’une poignée de grands acteurs sur le marché des robots humanoïdes. Unitree, qui a lancé son introduction en Bourse à Shanghai le 10 août 2026 pour lever près d’un milliard d’euros de R&D, fait figure de favori. La compétition reste toutefois ouverte face à Agibot, désormais leader mondial en volumes.
Plusieurs défis restent entiers pour la robotique humanoïde chinoise, y compris pour les robots humanoïdes domestiques : l’autonomie énergétique demeure limitée, les coûts de production restent élevés pour les modèles sophistiqués, et la fiabilité doit encore progresser. À cela s’ajoutent des questions de fond sur l’emploi et sur l’encadrement de ces machines dans l’espace public, où certaines scènes – comme un robot suivant une passante âgée à Macao – ont déjà suscité un malaise.
Le scénario le plus probable, selon plusieurs experts, n’est pas celui d’un robot unique et polyvalent, mais d’une coexistence de machines spécialisées, humanoïdes ou non. Reste une question posée par Raja Chatila lui-même : nos sociétés voudront-elles vraiment de ces compagnons mécaniques au quotidien ?
Entre vitrine technologique et pari industriel de long terme, les robots humanoïdes en Chine illustrent une stratégie d’État assumée, mêlant subventions massives et hubs industriels dédiés. Si la rentabilité reste à démontrer pour de nombreux usages, l’écosystème qu’ils font naître – moteurs, capteurs, intelligence artificielle embarquée – pourrait peser plus lourd que les robots eux-mêmes. La vraie question n’est peut-être plus de savoir si les robots humanoïdes en Chine domineront ce marché, mais quelle forme prendra, demain, l’automatisation de nos usines et de nos foyers.

